Violence transnationale et sécurité intérieure : [colloque, 28 mars 1998] PDF

1928 par Hassan el-Banna à Ismaïlia, dans le nord-est de l’Égypte. Elle a rapidement essaimé ses idées dans les pays à majorité musulmane du Violence transnationale et sécurité intérieure : [colloque, 28 mars 1998] PDF-Orient, comme au Soudan ou en Afrique du Nord, et a également établi des instances nationales dans des pays non musulmans, dont des pays européens. Son opposition fondamentale et parfois violente aux États laïcs arabes a amené son interdiction ou la limitation de ses activités dans certains pays, comme la Syrie et l’Égypte.


Londres, s’appuyant sur la banque Al-Taqwa. Après la révolution égyptienne de 2011, les Frères musulmans arrivent au pouvoir lors des premières élections législatives démocratiques et libres dans l’histoire du pays. Hassan el-Banna, fondateur de la société secrète des Frères musulmans, a défini son idéologie totalitaire en des termes équivoques :   une organisation complète qui englobe tous les aspects de la vie. En réalité, le principal objectif des Frères musulmans est l’instauration de républiques islamiques à la place des régimes en place dans les pays à majorité musulmane telles que l’Égypte, la Libye, la Syrie, ou encore la Tunisie. Pour le géopolitologue Frédéric Encel,  les wahabites considèrent les Frères musulmans comme des concurrents théologiques redoutables.

Sur le fond, ils sont proches, favorables à l’application stricte de la charia, à l’exclusion des femmes, hostiles aux Juifs et à l’Occident. En revanche, ils se distinguent sur la forme. Autrement dit, les Frères, conscients de vivre en  terre d’Impiété , s’implantent dans l’espace public pour amener à terme la transformation en  terre d’Islam , ce qui passe transitoirement par la mise en œuvre d’une stratégie de noyautage des institutions populaires existantes. Lors de son premier congrès en 1933, l’organisation comptait 2 000 militants, un an plus tard ils sont 40 000, et en 1943 la confrérie compte plus de 200 000 militants.

L’association des Mères musulmanes, également fondée en 1928, devient en 1933 l’association des Sœurs musulmanes, puis en 1937 l’association des Femmes musulmanes. En 1935, l’organisation entre en contact avec Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, et participe à l’insurrection arabe de Palestine de 1936. En 1954, le président égyptien Gamal Abdel Nasser accède aux responsabilités et envisage alors de constituer un gouvernement d’union nationale avec la confrérie :  Nous voulions vraiment honnêtement collaborer avec les Frères musulmans pour qu’ils avancent dans le droit chemin . Premier ministre égyptien de l’époque, Mahmoud an-Nukrashi Pacha. Au début des années 1950, les États-Unis s’intéressent aux Frères musulmans comme alliés potentiels contre Nasser et l’établissement de régimes communistes ou socialistes au Moyen-Orient. Le Guide Hassan al-Hudaybi négocie avec le chargé des questions orientales du Royaume-Uni, Trevor Evans et lui demande des armes pour lutter contre Nasser. Alexandrie, le 26 octobre 1954, Nasser, qui craint pour sa personne, décide à nouveau d’interdire l’organisation.

En 1984, le pouvoir reconnut à la confrérie le statut d’organisation religieuse, mais refusa sa participation à la vie politique. En 1954, au Caire, les Frères musulmans égyptiens et leur prédicateur vedette, Sayyid Qutb, ont fusionné leur organisation avec le groupe iranien des Fedayin de l’Islam, dirigé alors par Navvab Safavi. Dès lors, ce mouvement sera appelé en Iran les Ikhuan al-Muslimin. Un timbre en l’honneur de Qutb sera émis en 1984 par la République islamique d’Iran. 1960, les Frères musulmans redeviennent actifs en Israël. Dans les territoires contestés, la branche palestinienne engendre l’Al-Mujamma’ al-islami, qui deviendra en 1987 le Hamas.

Sa charte comporte la destruction de l’État d’Israël comme objectif central. L’intérêt porté par les États-Unis aux mouvements réactionnaires islamistes censés contrer les progressistes, remonte aux années 1950. En Égypte, dans les années 1970, Sadate utilise les Frères musulmans pour faire contrepoids à l’extrême gauche et il leur promet l’intégration future de la charia dans les lois égyptiennes. En 1978, l’année des Accords de Camp David, ils renoncent officiellement au soutien des actions violentes, à l’exception du combat en Palestine.

Les Frères entretiendront des contacts, plus ou moins étroits selon l’époque, avec cette organisation, qui commettra des attentats contre des touristes occidentaux en 1992 et en 1993. Par ailleurs, un bras armé clandestin se constitue dès le début des années 1980. En 1984, le pouvoir égyptien d’Hosni Moubarak reconnaît les Frères en tant qu’organisation religieuse mais leur refuse l’inscription en tant que parti politique. Les candidats fréristes participent aux élections comme indépendants ou comme représentants d’autres partis. Dans les années 1990, en Égypte, la confrérie s’affiche publiquement comme un mouvement respectueux de la démocratie. Pour les jeunes, la vieille garde semble trop conservatrice. En 1996, dix-sept d’entre eux demandent officiellement la création d’un nouveau parti politique, Al Wasat.

Ils ont participé aux luttes estudiantines puis syndicales de l’époque. Les fondateurs de ce nouveau parti politique reprochent aux dirigeants des Frères musulmans leur manque de modernité et leurs concepts archaïques. En opposition avec leurs aînés, ils établissent un programme plutôt libéral, fondé sur le Coran mais reconnaissant les évolutions de la société. L’expansion mondiale des Frères musulmans doit alors beaucoup au soutien du Qatar. En 2007, reconnaissant leur poids au Proche-Orient, le gouvernement des États-Unis s’intéresse de nouveau à une alliance avec les Frères. Quand le printemps arabe éclate, al-Jezira se fait la caisse de résonance de la révolution sous la tutelle des Frères en Égypte, en Libye, en Syrie, au Bahreïn puis au Yémen.

Mais, les régimes arabes saisissent le danger que représentent pour eux ce mouvement de contestation. Face aux menaces, les gouvernements arabes repriment partout l’organisation transnationale  souvent avec grande brutalité . Les Émirats arabes unis et l’Égypte décrètent la Confrérie organisation terroriste. Après que le pouvoir égyptien a emprisonné en juillet 2013 la direction mondiale des Frères, l’organisation passe sous la tutelle de la Turquie et du Qatar.