L’échec, anatomie d’un tabou PDF

Dès l’origine des langues grecques et latine, on trouve des noms de maladies, témoignant de la constitution très ancienne de certaines catégories nosologiques. Selon les textes, d’autres critères existent, comme la classification selon le siège du corps : maladies de la tête jusqu’au talon, a capite ad calcem. Une des premières nosographies élaborées est celle de Galien. Basée sur des postulats théoriques, l’échec, anatomie d’un tabou PDF classification se fait selon la prépondérance de l’une des humeurs constituant le corps : phlegmoneux, sanguin, biliaire, mélancolique.


L’échec est au coeur de la société contemporaine. Il n’y est pas en tant que crise passagère, il n’y est pas comme résultat ponctuel et transitoire d’une conjoncture, comme dommage latéral ; non, il y est comme principe fondamental et originaire. Mais c’est un principe occulte, toujours renvoyé aux marges et aux impondérables. L’échec, c’est l’autre nom du pouvoir.  » Toutes les relations sociales ne sont-elles pas fondées sur la mise en avant de la réussite ? On ne s’étonnera donc guère du tabou qui règne au sujet de l’échec « , écrit Carselva. Et derrière le pouvoir, c’est la mort qui est à l’oeuvre. L’homme moderne est contaminé au dernier degré par le pouvoir, ses fastes et ses méthodes. L’arrogance et le mépris qu’il affiche avec assurance sont les symptômes les plus manifestes de son aveuglement. Le pouvoir fait toujours croire que l’échec ne concerne que les autres et, pour l’individualisme au pouvoir, l’échec des autres n’a pas d’importance. C’est ne pas comprendre qu’on est toujours l’autre de quelqu’un.

Pour Avicenne, les passions et les émotions participent aux maladies. Pour les médecins chrétiens, la maladie est aussi désordre moral, conséquence du péché originel. La scolastique médiévale est traversée par le problème des universaux. Pour les  nominalistes , il n’existe en réalité que des malades, les maladies n’étant que des noms. Pour les  réalistes , les maladies sont des êtres réels et particuliers qui se manifestent par les malades. Thomas Sydenham évoque la nécessité d’une classification des maladies en espèces bien définies à la façon des botanistes. Il s’inspire d’un empirisme méthodique qui lui permet de préciser les principes d’une telle classification.

C’est Boissier de Sauvages qui réalise un premier système nosologique, cohérent et apparemment satisfaisant pour la pratique médicale. Nosologia methodica de Boissier de Sauvages. La version définitive parait en 1763 sous le titre Nosologia methodica. Les critères doivent se baser sur la réalité observable en pratique médicale, à savoir la réalité des symptômes. Son système prend en compte 2400 espèces de maladies réparties en dix classes, subdivisées en sections et genres. King, ce défaut viendrait de sa crédulité et de son manque d’esprit critique.

Il met à égale valeur les cas bien documentés et les signalements douteux ou de mauvaise qualité. Cependant, son système reste le point de départ de tous les systèmes ultérieurs. 1780, des systèmes nosologiques ajoutent d’autres critères, notamment anatomiques ou chimiques. Il divise les maladies en 6 classes, en combinant des critères cliniques, physiologiques et pathologiques.

Ces tentatives se situent en deçà de celle de Boissier de Sauvages, car basées sur des postulats théoriques. Les premiers  utilisateurs  d’une nosologie pratique sont les dermatologues. En 1802, à Paris, Alibert est nommé médecin de l’hôpital Saint-Louis. Il se consacre aux maladies de la peau, pour devenir professeur de botanique et de thérapeutique. La nosographie de Pinel avait ses limites. Elle cherchait à dépasser le pur empirisme des symptômes par des critères anatomiques, mais de façon arbitraire et contestable. Xavier Bichat vise à résoudre le problème par la redécouverte de l’anatomie pathologique de Jean-Baptiste Morgagni qui s’appliquait aux organes.