Colloque sur la littérature et l’esthétique négro-africaine PDF

Cinéaste, Enseignant, Université Paris Ouest Colloque sur la littérature et l’esthétique négro-africaine PDF La Défense. Afrique ressemble à un leurre perspectiviste ou à une impasse théorique.


Non pas que les arts visuels africains soient moins riches qu’ailleurs. Non pas que la problématique de la représentation du sacré ou du spirituel soit moins importante qu’ailleurs : c’est peut-être au contraire ce qui les caractérise le mieux. C’est ainsi que sont nées, du moins en partie, notre sympathie et notre compréhension pour les Primitifs, et nos affinités spirituelles avec eux. Tout comme nous, ces artistes purs ont essayé de ne représenter dans leurs œuvres que l’Essentiel Intérieur, par élimination de toute contingence extérieure. Rappelons quelques points essentiels à propos de l’art africain en général.

D’abord la très grande diversité des ordres d’objets : statues, masques, meubles, instruments de toutes sortes, si l’on s’en tient à la sculpture. C’est le morcellement des styles—morcellement extrême que l’animisme, au caractère foncièrement parcellaire, ne pouvait guère qu’accentuer—qui restera ici la note dominante. Dans la production artistique de nombreuses sociétés africaines, l’art de sculpter le bois joue un rôle si important que d’autres talents, ceux de céramiste ou de peintre, d’architecte ou d’orfèvre, de vannier ou de tisserand, paraissent n’occuper la scène que comme des éléments accessoires. D’une part, sa présence avec des objets de la vie quotidienne. Cet auteur étudie par exemple une série de  couvercles à proverbes  chez les Bawoyo et des calebasses pyrogravées chez les Fon. 1—L’art négro-africain est indissociable du travail humain.

2—C’est un art engagé dans la vie quotidienne. 3—C’est un art fondé sur des pratiques collectives. L’art  n’est pas seulement l’affaire de quelques professionnels, mais l’affaire de tous parce que fait par et pour tous  . 4—Les différents formes d’art sont corrélées. La sculpture est indissociable de la danse, du chant et de l’activité :  Car les chants, voire les danses rythment le travail en l’accompagnant : ils aident à l’accomplissement de l’œuvre de l’Homme. 5—Le schématisme et la stylisation de l’art passe par l’image et le rythme.

Senghor parle de  l’image symbole  et de  l’image analogie  en tant que moyen d’accéder à la  sensation du signifié . Le mot y est plus qu’image, il est image analogique sans même le secours de la métaphore ou de la comparaison. Il suffit de nommer la chose pour qu’apparaisse le sens sous le signe. Mais l’élément primordial de l’art africain est le rythme.

Véritablement, c’est le rythme qui exprime la force vitale, l’énergie créatrice. Le rythme est l’architecture de l’être, la dynamique interne qui lui donne forme, le système d’ondes qu’il émet à l’adresse des autres. Mais, ce faisant, il ordonne tout ce concret vers la lumière de l’esprit. 7—Dernière caractéristique de l’art africain : c’est un art engagé et toujours d’actualité. Il participe à l’épanouissement de l’homme dans son existence quotidienne, dans sa volonté de réaliser les aspirations de la communauté. L’œuvre d’art est régulièrement désacralisée ou détruite quand elle a cessé de servir.

D’où à côté de la permanence d’un style négro-africain, la variété et le choix des thèmes et de la qualité du travail artistique selon les époques, selon les tempéraments. Tumba Shango Lokoho confronte les fondements élaborés par Senghor à trois autres analyses esthétiques de l’art africain plus récentes. Bidima cherche à rendre compte d’une modernité artistique africaine qu’il place sous le signe de la marginalité, de l’utopie, de la déconstruction post-moderne , finalement proche de la modernité occidentale. Pour développer ces différentes perspectives à la lumière de ma problématique, je propose de revenir sur un film doublement emblématique, voire symptomatique : pour ce qui concerne la singularité africaine en matière de relation à l’art et au sacré, et pour ce qui concerne la relation entre l’Occident inventeur du cinéma et le continent africain. Les sociétés africaines sont fondées sur une oralité à la fois primitive et contemporaine: La tradition orale est de loin la plus intime, la plus succulente, la mieux nourrie de la sève d’authenticité. Lorsque je retournais au pays, n’ayant presque rien oublié de ce qu’enfant j’avais appris, j’eus le grand bonheur de rencontrer, sur mon long chemin, le vieux Amadou Koumba, le Griot de ma famille.

Amadou Koumba m’a raconté certains soirs—et parfois de jour, je le confesse— les mêmes histoires qui bercèrent mon enfance. Il m’en a appris d’autres qu’il émaillait d’apophtegmes où s’enferme la sagesse des ancêtres. Cette oralité pose notamment la question du choix de la langue originale utilisée dans les films. Art et industrie importés par l’homme blanc colonisateur, conditions de production et de distribution largement problématiques : les cinéastes africains sont dans une posture réputée complexe. Mais le cinéma s’inscrit naturellement dans la tradition orale qui fonctionne avec l’  images symbole  et l’  image analogie . Nous pouvons dire que le cinéma est venu abattre les murs de la littérature.

Il est également l’art qui concilie le mieux l’Afrique et son héritage linguistique colonial, en faisant coexister dans les films les langues africaines et celles des ex-colons. La répétition étant le meilleur gage de pédagogie, le cinéma africain ne peut qu’être gagnant en s’exprimant plutôt deux fois qu’une. La parole est évidemment le vecteur privilégié du récit des contes et des mythes, éléments constitutifs des groupes et des sociétés, récits dont la mission de transmission est centrale. Les morts ne sont pas morts.